Une faïence qui se décolle au bout de deux ans coûte entre 1 500 et 4 000 € à reprendre, sans compter le dégât des eaux à l’étage en dessous quand l’humidité a traversé. Le placo hydrofuge seul ne suffit pas à garantir l’étanchéité d’une salle de bain : c’est l’erreur la plus répandue chez les bricoleurs qui pensent qu’une plaque verte règle tout. Voici la méthode complète pour obtenir une pose conforme au DTU 52.2 et qui ne bougera pas.
Ce dont vous avez besoin avant de commencer

Le matériel minimum pour 5 m² de faïence représente un budget de 120 à 180 € hors carreaux. Comptez :
- Plaques BA13 hydrofuge (vert) ou Placo Marine pour les zones très exposées, environ 12 €/m²
- Mortier-colle C2 ou C2S en sac, jamais de colle en pâte type adhésif D2 (interdite par le DTU sur placo hydrofuge)
- Résine d’étanchéité SPEC (Mapei, Weber, ParexLanko) pour les zones de projection : 25 à 40 € le bidon de 5 kg
- Bandes à joint papier (pas les auto-adhésives, moins résistantes en traction)
- Spatule crantée 6 mm pour carreaux jusqu’à 20×20, 10 mm minimum au-delà
- Croisillons 2 mm pour faïence classique, 1,5 mm pour effet joint fin
- Maillet caoutchouc , niveau à bulle 1 m, tasseau de référence
Côté carreaux, vérifiez le poids surfacique : la limite réglementaire est de 40 kg/m² avec mortier-colle sur placo hydrofuge. Un grès cérame de 12 mm pèse environ 26 kg/m², ce qui passe. Au-delà de 60×60 cm ou 30 kg/m² (carreau + colle), changez de support pour des plaques type Wedi ou Lux Elements.
Étape 1 : vérifier que le support est carrelable
La planéité du mur doit rester sous 5 mm d’écart sur une règle de 2 m. Au-delà, un ragréage mural s’impose, sinon les carreaux grand format vont sonner creux par endroits. Passez la règle dans tous les sens, marquez les points hauts au crayon.
Les vis du placo doivent être noyées à fleur, jamais saillantes. Une vis qui dépasse de 0,5 mm sous un carreau de 60 cm crée un point de pression qui finit par fendre le carreau dans les six mois. Si la cloison a été montée récemment, attendez 15 jours minimum que les enduits sèchent à cœur, surtout en période humide.
Étape 2 : faire les bandes de joint (étape non négociable)
C’est l’erreur la plus fréquente du bricoleur pressé : sauter les bandes en se disant que le carrelage va tout masquer. À chaque jonction de plaque non bandée, le joint de carrelage fissure dans les 12 à 24 mois, et l’eau passe directement derrière. Dans une douche, le résultat se voit au plafond du voisin du dessous.
Appliquez une bande papier noyée dans l’enduit à joint sur chaque raccord vertical et horizontal entre plaques. Laissez 24 h de séchage minimum , poncez légèrement au papier abrasif grain 120, dépoussiérez. La bande continue assure la barrière hydrofuge que la plaque seule ne fournit pas à ses extrémités.

Étape 3 : appliquer le SPEC sur les zones de projection
Le SPEC (Système de Protection à l’Eau sous Carrelage) est une résine liquide qui forme une membrane étanche. Sur placo hydrofuge, elle reste obligatoire dans les zones directement exposées à l’eau : intérieur de douche, parois autour de la baignoire jusqu’à 1,80 m, mur d’évier sur 50 cm de part et d’autre du robinet. Le mur derrière le meuble vasque n’en a généralement pas besoin si les projections restent indirectes.
Posez deux couches croisées (une verticale, une horizontale), avec environ 800 g/m² par couche , soit 0,7 à 1 L/m² au total. Temps de séchage entre les deux : 4 à 8 h selon la marque et l’humidité ambiante. Marouflez impérativement une bande d’angle dans les jonctions mur-mur et mur-bac. C’est par ces angles que 80 % des infiltrations passent, pas par les surfaces planes. Attendez 24 h après la deuxième couche avant de coller le carrelage.
Étape 4 : coller la faïence
Préparez le mortier-colle à la consistance d’un yaourt épais : la colle doit tenir sur le peigne sans couler. Étalez-la sur 1 m² maximum à la fois, peigne tenu à 60° pour des sillons réguliers. Le temps ouvert d’une colle C2 est de 20 à 30 minutes : passé ce délai, la peau qui se forme empêche le carreau d’adhérer.
Pour tout format supérieur à 30×30 cm, le double encollage est obligatoire. Vous étalez une fine couche au dos du carreau en plus du mur. Sans ce geste, les carreaux sonnent creux au tapotage et finissent par se fendre au niveau des vides. Posez le premier rang sur un tasseau cloué à l’horizontale pour rattraper le niveau du carrelage avec le sol, qui est rarement parfaitement droit. Les croisillons se placent à chaque angle, et un coup de maillet caoutchouc au milieu de chaque carreau plaque la colle uniformément.
Étape 5 : joints et silicone
Attendez 24 h après la pose avant de jointoyer, jamais moins même si la colle semble dure. Utilisez un mortier de jointoiement hydrofuge teinté, classe CG2. Bourrez les joints en croix avec une raclette caoutchouc, puis essuyez à l’éponge humide en mouvements circulaires après 15 minutes. Le voile blanc qui apparaît le lendemain s’enlève à la microfibre sèche.
Aux raccords baignoire/mur, douche/mur et lavabo/mur, ne jamais utiliser de joint ciment. Posez un silicone sanitaire neutre anti-moisissure , sur joint propre, dégraissé à l’acétone. Ce joint silicone doit être refait tous les 5 à 7 ans : c’est lui qui prend les chocs thermiques quand vous remplissez la baignoire d’eau chaude.
Encadré : les 5 erreurs qui ruinent un chantier
- Carreler sur papier peint ou peinture : adhérence nulle, décollement garanti sous 18 mois
- Utiliser une colle PVA ou un primaire vinylique comme sous-couche : se ramollit avec l’humidité
- Sauter le SPEC dans la douche en se fiant uniquement au placo vert et aux joints
- Choisir des carreaux de plus de 40 kg/m² sur placo : interdit par le DTU, risque de chute
- Faire les joints le jour même : la colle non sèche se fissure sous la pression du jointoiement
Combien de temps prévoir et quel budget
Pour une salle de bain de 6 m² entièrement carrelée mur, comptez 3 à 4 jours de travail réparti ainsi : 1 jour de préparation et bandes, 1 jour de SPEC (avec séchages), 1 à 2 jours de pose et joints. Le budget matériel oscille entre 15 et 35 €/m² hors faïence, selon les marques. Un professionnel facture la pose entre 40 et 80 €/m² , ce qui place le devis complet (carreaux + pose) entre 80 et 150 €/m².
Questions fréquentes
Faut-il vraiment du SPEC si le placo est déjà hydrofuge ? Oui dans les zones de projection directe. Le placo hydrofuge ralentit l’absorption d’eau mais reste poreux, et les joints de carrelage ne sont jamais 100 % étanches même hydrofuges. Le SPEC crée la barrière continue que ni le placo ni les joints ne fournissent.
Jusqu’à quelle hauteur carreler autour d’une baignoire ? Au minimum 1,80 m au-dessus du fond de la baignoire pour couvrir la zone de projection d’un pommeau de douche fixé en hauteur. Si la baignoire sert uniquement de bain sans douche, 60 cm au-dessus du rebord suffisent.
Au bout de combien de temps utiliser la douche ? Comptez 72 h après les joints avant la première utilisation pour laisser la colle et les joints durcir à cœur. Une douche utilisée trop tôt fragilise l’ensemble pendant des années.
La pose de faïence sur placo hydrofuge ne pardonne pas l’à-peu-près, mais elle reste accessible à un bricoleur méthodique. Le surcoût d’un SPEC et de bandes correctement posées représente moins de 80 € sur un chantier moyen, à comparer aux milliers d’euros d’une reprise complète après infiltration.

